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4.1.3. ALERTE

L'alarme étant donnée, le schéma d'alerte établi dans le plan permet de supprimer toute ambiguïté quant à la circulation rapide de l'information d'alerte.

Le schéma favorise ainsi :

* la remonté de l'alerte au niveau préfectoral

* puis la diffusion de l'information compte tenu de la gravité de la situation à tout ou partie des services concernés inscrits au schéma d'alerte.

- Priorité sera donnée à l'information des communes et services en aval du lieu où a été constatée la pollution pour des raisons de sauvegarde bien évidentes.

- si la source de pollution n'est pas identifiée immédiatement, l'alerte devra également parvenir zen amont du site de constatation de la pollution.

Les vecteurs de circulation de ces informations sont généralement la gendarmerie, la police (en zone urbaine) ou les services d’incendie et de secours.

Les personnels armant les standards téléphoniques des divers services concernés devront être entraînés à réorienter efficacement les appels.

Certains départements ont entrepris des campagnes d'information en distribuant largement auprès du public des plaquettes indiquant le numéro de téléphone gratuit ou l'alerte est centralisée.

4.1.4 PREMIERES MESURES

Ce sont généralement des mesures de sauvegarde ou de sécurité à caractère "réflexe ". Elles peuvent être mises en oeuvre de façon automatique très rapidement et être annulées tout aussi rapidement.

4.1.5. EVALUATION

" Quel que soit le lieu où il se trouve, dans un bureau confortable à plusieurs kilomètres de l'incident, avec seulement un téléphone comme moyen d'information, dans une salle opérationnelle ou sur le terrain, le décideur potentiel aura d'abord pour tâche de percevoir  les informations utiles et d'imaginer la situation réelle ".

La matière première de sa décision sera l'information.

Celle-ci est d'autant plus difficile à identifier clairement que le problème de pollution du milieu :

. ne sera pas forcément le seul à traiter (accident de circulation, sauvetage de vies humaines)

. qu'il sera la conséquence d'une première intervention (eaux d'extinction d'un incendie)

Une analyse préalable permettra d'identifier ce qu'il faut considérer comme l'information de base. Si elle n'apparaît pas de manière évidente il faudra "aller la chercher " sans se tromper ni perdre de temps.

Si l'on s'en tient à l'aspect pollution des eaux la phase d'évaluation a globalement pour objectif de déterminer le plus rapidement possible

. la nature du ou des produits incriminés

. la quantité et la concentration du ou des produits

. la durée de vie du ou des produits dans le milieu

Ces informations permettront  la mise en place de mesures de sauvegarde et le choix des méthodes de lutte.

4.1.5.A RECUEIL DES INFORMATIONS

Il peut se faire :

- sur le terrain pour la collecte des données circonstancielles

- à partir des états majors pour l'ensemble des données résidentes

Les éléments fournis par l'alarme et l'alerte devront être vérifiés, recoupés, voire complétés.

Toutes les informations recueillies doivent être directement utilisables par l'organe de décision. En cas de pollution importante, un membre de cellule de crise pourra être spécifiquement chargé de collecter les données et de les rendre exploitables.

La bonne interprétation d'une information suppose en effet l'utilisation d'un vocabulaire clair et compréhensible de tous.

Les responsables opérationnels ne perdront pas de vue qu'une pollution accidentelle se règle aussi sur les plans administratifs et juridiques. Ils veilleront donc à centraliser les informations susceptibles de contribuer au règlement contentieux en chargeant un membre de la cellule de crise de rassembler de façon chronologique toutes les informations (écrit, photo, film, vidéo...) sur la pollution  et les opérations de lutte.

En matière de pollution accidentelle des eaux, il faut tenir compte du caractère évolutif de la situation, et raisonner en terme de suivi de la pollution et donc de collecte continue des informations.

4.1.5.B IDENTIFICATION DIRECTE DU POLLUANT

Elle sera possible dans plusieurs cas :

si l'origine ou la source de pollution est connue :

·      accident dans un dépôt ou dans une installation de fabrication ou de transformation : l'industriel concerné et ses collaborateurs sont en principe les mieux placés pour fournir rapidement la bonne information. A défaut on aura recours aux étiquetages visibles

·      accident de transport : le chauffeur ou le transporteur est l'interlocuteur privilégié, mais aussi l'expéditeur ou le destinataire. Les papiers de bord mentionnent obligatoirement le nom du produit.

Certaines indications sont données par les plaques-danger apposées obligatoirement sur le véhicule ou par les étiquettes placées sur les colis.

si le produit incriminé est facile à identifier

On peut citer dans ce cas les hydrocarbures raffinés flottants (essence, gazole, fuel domestique).

Si toutefois cette première démarche n'était pas totalement satisfaisante, l'examen direct de la substance déversée dans le milieu donne des indications précieuses pour son identification et sur les moyens de lutte qui devront être mis en oeuvre, en fonction de ses caractéristiques (consistance, capacité d'étalement, réactivité apparente, production de gaz ou vapeurs, comportement dans l'eau, ...).

Quoiqu'il en soit, la recherche de l'origine de la pollution reste une priorité.

4.1.5.C IDENTIFICATION ANALYTIQUE

            Les recherches analytiques sont entreprises en fonction des résultats de l'identification directe. Une vérification analytique est cependant indispensable.

            L'identification  d'un produit "pur " ou non dilué ni souillé, est plus facile. Pour cette raison on cherchera à prélever le plus près possible de la source de pollution sous réserve du respect des consignes de sécurité.

            L'introduction  d'une substance polluante dans l'eau y amène généralement des perturbations d'ordre physique ou chimique.

            L'observation d'écarts sensibles dans la mesure des paramètres physico-chimiques caractéristiques du milieu, entre la zone polluée et une zone de référence, peut donc être révélatrice de la présence d'une pollution  et donne des indices sur la nature d'un produit inconnu.

            Cette constatation incite à connaître par avance et à intégrer comme donnée résidente dans les plans départementaux les valeurs normales habituelles des paramètres significatifs (fourchettes caractéristiques du "bruit de fonds "). Cette démarche peut également être menée au moment de la pollution.

LES ANALYSES SUR SITE

DETECTION ET REPERAGE DE LA POLLUTION

Les mesures intéressantes que l'on peut réaliser et exploiter immédiatement sur site sont récapitulées dans le tableau :

PARAMETRE

METHODE

INDICATION

OBSERVATION

Couleur examen visuel souvent révélatrice difficile de nuit marquage artificiel
Odeur odorat souvent révélatrice voir annexe n°10
PH pH-mètre portable souvent révélateur, bon indice (rapide) le PH influe sur les réactions chimiques, les taux de saturation de gaz, les procédés de traitement
Conductimétrie conductimètre portable révélateur de la présence de sels (rapide)  
Température thermomètre ou sonde réaction exo ou endothermique ou température du rejet pollution thermique  
Matières en suspension décantation dans un flacon de verre gradué sédimentation on peut aussi noter leur couleur
Taux de saturation en oxygène dissous oxymètre portable oxygène dissous ou pourcentage de saturation incidence sur la vie aquatique. Oxydation chimique
Substances chimiques support papier, tubes colorimétriques, etc. présence ou absence des substances testées ne prend en compte que des concentrations élevées, peu de produits identifiables par cette méthode

La mise au point de petits laboratoires mobiles montés sur camionnettes et équipés de matériels d'analyse portables et de kits de détection rend possible la réalisation rapide de nombreux tests d'analyse sur le terrain. Lorsque l'on a affaire à des pollutions complexes, mettant en jeu de nombreux produits différents, un ou plusieurs d'entre eux, facilement identifiables par des analyses de terrain, seront choisis comme "tracteurs " de l'ensemble de la pollution.

LES ANALYSES DE LABORATOIRE

Les analyses précises seront réalisées en laboratoire fixe. Pour certains produits, la détection de concentrations extrêmement faibles ne pourra être envisagée que dans ce cadre (pesticides, métaux lourds, molécules organiques complexes, ...).

L'intervention des laboratoires fixes est difficile à improviser.

La préparation et les contacts préalables avec des laboratoires agréés permettent de mettre au point des procédures opérationnelles déterminant :

·      l'intégration du laboratoire dans le schéma d'alerte

·      la connaissance des capacités d'analyse.

·      la disponibilité en dehors des heures et jours ouvrables

·      les délais de transport et de réponse

·      les types d'échantillons nécessaires et les modes de prélèvement requis

·      la centralisation et l'interprétation de l'ensemble des analyses

            La liste des laboratoires agréés chaque année par le Secrétariat d'Etat à l'Environnement précise leurs capacités d'investigation. Il faut savoir que ces laboratoires sont généralement destinés à des analyses de routine et n'ont pas toujours la possibilité de répondre à des impératifs opérationnels.

            Des informations sur les laboratoires (leurs adresses, leurs matériels, leurs domaines d'action...) sont accessibles par Minitel (36 15 code SUNK).

            Il peut arriver qu'aucune indication sur l'origine de la pollution ne soit disponible et qu'aucun élément d'observation ne permette d'orienter les analyses. Dans ce cas, seuls quelques laboratoires en France ont la capacité d'identifier dans un contexte opérationnel des polluants inconnus.

4.1.5.D. ECHANTILLONNAGE

L'objet de l'échantillonnage est de recueillir aussi rigoureusement que possible :

des informations à usage opérationnel

des éléments de preuve

Rappelons ici les objectifs de la phase d'évaluation :

Fournir rapidement aux "décideurs " une vision globale et juste de la situation. La mise en place rapide d'un réseau de mesure constitue, dans ce domaine, un outil privilégié.

RESEAU DE MESURE D'URGENCE

            Il s'agit de définir le nombre et l'écartement de points de prélèvements en aval et en amont de la source présumée ou connue de la pollution, afin d'en estimer l'évolution dans l'espace et dans le temps et d'établir des prévisions pour la zone d'aval susceptible d'être affectée.

            Les distances entre deux points de prélèvements seront fonction de la gravité de la pollution, de la vitesse de propagation, de la finesse du suivi souhaité, de la capacité de prélèvement et d'analyse disponible.

            Il est recommandé de réfléchir à cette notion de réseau de mesure d'urgence lors de la préparation à la lutte (et notamment lors de l'établissement de procédures opérationnelles : étude de scénarios).

Mesures de référence

            A moins que ces valeurs ne se trouvent déjà de façon précise et à jour dans les données résidentes, l'obtention rapide, grâce au réseau de mesure d'urgence, de valeurs de référence sur la qualité du milieu, permettra par la suite de connaître précisément l'apport de la charge polluante liée au déversement accidentel.

REMARQUES

Les affaires récentes (SANDOZ et PROTEX) ont montré qu'il était utile de maintenir le dispositif de mesure dans le milieu, pendant plusieurs jours après l'accident. En effet la première vague de pollution fur suivie d'une seconde quelques jours après (celle-ci d'origine probablement criminelle).

PRELEVEMENT ET CONSERVATION DES ECHANTILLONS

            Dans de nombreux cas, le prélèvement d'un échantillon de polluant ou d'eau polluée constituera donc le geste élémentaire à partir duquel les décideurs auront la possibilité d'évaluer la situation puis d'établir une stratégie de lutte.

            Cela justifie le soin extrême à porter aux opérations de prélèvement et de conservation des échantillons. Les recommandations des laboratoires qui feront les analyses seront par conséquent primordiales.

            Il existe par ailleurs de nombreux documents et guides sur ce sujet.

Le Flaconnage

Si l'on ne connaît pas la nature du produit, il vaut mieux utiliser des flacons de verre munis de bouchons en Téflon ; si l'on connaît le produit polluant, il est recommandé :

de choisir des flacons en verre pour les hydrocarbures, solvants, pesticides, BPC, phénols, cyanures, mercure

de choisir des flacons en polyéthylène pour la plupart des métaux et des produits minéraux en général

de choisir un flaconnage stérile pour les prélèvements destinés aux analyses micro biologiques.

L'étiquetage et l'enregistrement

            Rappelons que les flacons devront être soigneusement étiquetés en indiquant clairement sur une étiquette préparée à l'avance, un minimum de renseignements.

            L'enregistrement peut revêtir la forme d'un procès verbal de prélèvement si une utilisation judiciaire ultérieure est envisagée.

La conservation

            Avant de les transporter dans les meilleurs délais au laboratoire d'analyse, il est indispensable de conserver au mieux les échantillons en général :

à l'abri de la lumière

à basse température  (environ 4°C)

            Des stabilisants peuvent être nécessaires pour la conservation de certains produits. Pour le savoir, il faut contacter directement le laboratoire agréé qui précise les modalités particulières éventuelles.

PROPAGATION DU POLLUANT

Pour évaluer le devenir d'une pollution, il est nécessaire de connaître les conditions de sa propagation dans le milieu.

PARAMETRE INFLUANT SUR LA PROPAGATION

Selon  le comportement physico-chimique du polluant dans l'eau, sa propagation sera :

·      . horizontale (s'il flotte)

·      . verticale (s'il coule)

·      . volumique (s'il se disperse ou se dissout dans l'eau)

Outre que ces composantes peuvent se combiner, il faut leur ajouter généralement l'effet du vent, du courant et des turbulences.

L'effet du vent

Pour les grands plans d'eau, on constate que la résultante de vitesse de la nappe de polluants flottants est égale à 3% de la vitesse du vent auquel elle est soumise.

Le vent favorise l'étalement initial, mais lorsqu'il est fort, il peut pousser  les produits flottants sur une rive où leur avance peut  être bloquée. On essaiera d'en tenir compte dans l'implantation de chantiers de confinement.

L'effet du courant

La répartition des vitesses dans le lit d'une rivière n'est pas homogène : la ligne d'eau de surface est un peu moins rapide que la ligne d'eau centrale.

Pour un produit qui se dissout ou se disperse, on tiendra compte de la vitesse maximale du fil d'eau le plus rapide. A défaut de la connaître, on intégrera une marge de sécurité supplémentaire dans les calculs.

Pour un produit qui coule, la composante verticale du poids et l'effet du courant détermineront l'image de la trace sédimentaire, qui est difficile à déterminer par le calcul (recours aux sondages).

L'effet des turbulences

Les turbulences contribuent, parmi d'autres effets, à l'étalement des nappes et des panaches en retardant l'écoulement.

ACQUISITION DES DONNES

            La vitesse de propagation peut être estimée sur le terrain par le temps de passage d'un objet flottant entre deux repères, en faisant la moyenne de plusieurs mesures. Cette première approche  est cependant insuffisamment précise, à moins d'être en présence d'un écoulement parfaitement homogène.

            Les éléments statistiques nécessaires pour caractériser l'écoulement (étiage, fortes eaux, ...), ne sont pas faciles à obtenir sur tous les cours d'eau. Il faudra donc recueillir ces données lors de la phase de préparation à la lutte.

Il faut distinguer deux méthodes pour l'acquisition des données :

le traçage par un colorant (Rhodamine B)

le calcul à partir des données physiques du cours d'eau

Elles permettent d'élaborer, sinon un modèle, du moins un recueil d'abaques et de tableaux amplement suffisants pour la gestion des petits cours d'eau (on introduira un coefficient de sécurité suffisant).

UTILISATION DES MODELES OU ABAQUES

            Connaissant :

le lieu de l'accident

l'importance et la durée du déversement

la hauteur d'eau (sur l'échelle limnigraphique la plus proche)

et si possible, la nature du polluant

Il est possible d'utiliser des modèles mathématiques simplifiés permettant de prévoir l'évolution et la propagation de la pollution.

L'élaboration de modèles devrait être considérée comme indispensable pour les grands cours d'eau, les zones sensibles et les zones à risques particuliers.

4.1.5. F CONSEQUENCES SUR L'ECOSYSTEME

NUISANCES LIEES A LA TOXICITE

Sans pour autant "démonter " les mécanismes complexes qui régissent l'équilibre écologique du milieu aquatique, quels sont les modes d'actions des polluants en terme de toxicité pour l'environnement ?

Globalement on peut distinguer :

Les effets à court terme

* effet létaux aigus, se traduisant par une mortalité immédiate, notamment au voisinage du déversement

*effets létaux différés, lorsque la mort de l'organisme survient au bout de quelques jours, voire quelques semaines.

Les effets à plus long terme

* bio accumulation : le produit est accumulé directement par un organisme filtreur par exemple

* bio amplification : le produit est accumulé au sein de la chaîne alimentaire, se concentrant davantage à chaque maillon

* effets insidieux, (cancérigènes, mutagènes, tératogènes) dus à l'action du polluant sur le patrimoine génétique de l'espèce

* effets sublétaux, portant atteinte aux fonctions de relation de l'organisme (nutrition, locomotion, reproduction)

            Evaluer la toxicité d'un polluant est un problème complexe. En effet, dans le milieu, de nombreux paramètres contribuent à accroître ou à diminuer l'influence d'un produit sur un organisme. Les deux principaux paramètres à prendre en considération sont la concentration du polluant dans le milieu et la durée d'exposition de l'espèce à ce dernier.

4.1.5.G COMPORTEMENT PHYSICO-CHIMIQUE DES POLLUANTS

Le comportement du polluant déversé dans le milieu naturel influence directement le choix de la méthode d'intervention à mettre en oeuvre. Déversé dans l'eau, il peut :

·      flotter

·      couler

·      s'évaporer

·      se dissoudre

·      ou encore, avoir un comportement mixte

Le polluant peut également réagir, sachant que les produits de réaction ont des caractéristiques propres qui peuvent être tout à fait différentes de celles du produit initial :

·      réaction avec l'eau : hydrolyse ou hydratation

·      réaction avec d'autres produits : combustion, explosion

·      réaction du produit lui-même : polymérisation, décomposition ...

            C'est pourquoi un classement par comportements physico-chimiques a été mis au point. Il intègre indirectement la réactivité du produit résultant. Il recouvre les produits en vrac et les produits conditionnés en colis.

            Il prend en compte les états de la matière (gaz, liquide ou solide) et le comportement physico-chimique à une température donnée (10 ou 20°C) en fonction de trois  paramètres :

·      la densité par rapport à l'eau

·      la pression de vapeur

·      la solubilité dans l'eau

            Ce  classement appelé, système européen normalisé de classification, a été spécialement conçu pour orienter la prise de décision quant à la mise en oeuvre de moyens d'intervention et de lutte contre la pollution.

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